Les Médicis, maîtres de Florence saison 2: on zappe ou on mate?
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  • Description
  • Le 26 octobre 2018, la Rai diffusait la seconde saison de la série Médicis : maîtres de Florence. Se déroulant en plein XVe siècle, aux prémices de la Renaissance (période bien documentée), la série avait le potentiel pour plaire au plus grand nombre. Mais les producteurs ont à nouveau choisi de jouer la carte de la réécriture historique. Heureusement, cette seconde saison est plus juste que la première et mérite d’être qualifiée de série historique.

    Synopsis

    20 ans après la fin de la première saison, un nouveau Médicis a pris la tête de la famille et de la ville de Florence : Laurent dit le Magnifique.

    Florence au XVe siècle

    Les Médicis, maîtres de Florence saison 2, critique, série, blog cultureL’Italie au XVe siècle: en bleu et en jaune, les territoires papaux, en orange le royaume des Deux-Siciles. Source: http://porcianipirandello.blogspot.com/2011/10/car...

    L’Italie, comme au siècle précédent, est morcelée entre plusieurs états : les territoires du Pape, les royaumes, dont celui des Deux-Siciles, réunifiés (un temps) en 1442 et qui englobe tout le sud de la péninsule ainsi que la Sicile et qui est aux mains de la famille d’Aragon, des marquisats, dont celui de Ferrare ou de Mantoue, et au nord des petites républiques, dont celle de Milan, Venise ou Florence. Enfin, tout au nord, le duché d’Asti appartient à la couronne française depuis 1389.

    La ville de Florence compte à l’époque 100 000 habitants, approximativement comme Venise et Milan.

    Eclatée, l’Italie alterne période de guerre et période de paix en fonction des alliances et des envies d’expansion de chacun. Artistiquement, ce que l’on nomme le Quattrocento est extrêmement riche. C’est à cette époque que la Renaissance commence à se dessiner. Des peintres comme Fra Angelico, Paolo Uccello, Sandro Botticelli ou Léonard de Vinci profitent de cette ambiance créative. Soutenus par des mécènes, dont les Médicis et notamment Laurent (le Magnifique), les artistes acquièrent une notoriété à l’échelle locale et internationale et font parfois l’objet de prêt à une autre cour, comme ce sera le cas pour Léonard de Vinci.

    Personnages principaux

    Les Médicis, maîtres de Florence saison 2, critique, série, blog culturePortrait de Laurent de Médicis par Bronzino, 1555-1556

    Laurent de Médicis, dit le Magnifique (1449-1492)

    Fils de Pierre Ier, dit le Goutteux, décrit comme le Prince de la Renaissance suite à ses soutiens financiers aux artistes du Quattrocento, Laurent est dirigeant de la Seigneurie de Florence, qui devient République en 1496.

    A la tête de la banque familiale, il saura prendre un changement de cap lorsque l’entreprise connaitra des difficultés financières en se tournant vers l’exploitation de l’étain.

    Marié en 1469 à Clarisse Orsini, issue d’une des plus prestigieuses familles romaines, Laurent tentera de nouer et de maintenir des alliances de paix tout au long de sa vie. Il est rentré à plusieurs reprises en conflit avec le Pape Sixte IV et survivra de peu à un attentat en 1478.

    Julien de Médicis (1453 – 1478)

    Les Médicis, maîtres de Florence saison 2, critique, série, blog cultureLa Naissance de Vénus, Botticelli, 1484: Julien est représenté sous les traits de Zéphyr

    Second fils de Pierre, frère de Laurent, Julien évolue dans l’ombre de son frère. Diplomate, il s’éprend de Simonetta Vespucci, muse de Botticelli (et qui posa régulièrement pour lui). Julien meurt dans un attentat le 26 avril 1478, deux ans jour pour jour après le décès de sa maîtresse, qui succomba à la tuberculose (ou la peste) à l’âge de 23 ans.

    En souvenir des deux amants, Botticelli se lancera dans la réalisation de La Naissance de Vénus, qu’il achèvera en 1485.

    Sandro Botticelli (1445-1510)

    Les Médicis, maîtres de Florence saison 2, critique, série, blog cultureMars et Vénus, Botticelli. Julien et Simonetta incarnent les deux dieux

    Sans doute l’un des peintres majeurs du Quattrocento, le destin de Sandro Botticelli est profondément lié à celui de Florence et des Médicis. Artiste virtuose, il peint tant des portraits que des scènes mythologiques. Appelé à Rome en 1481 pour réaliser des fresques pour la Chapelle Sixtine, il reviendra rapidement à Florence pour ne plus jamais quitter la Cité. Très proche des Médicis, il réalisera plusieurs œuvres avec des personnages aux traits des deux frères, et plus particulièrement Julien.

    Les Sforza

    Famille à la tête de la République de Milan, les Sforza sont des alliés des Médicis. Lorsque Francesco meurt en 1466, c’est son fils Galéas qui prend sa place. Il sera assassiné en 1476, sans doute par des proches des Pazzi, pour déstabiliser la famille Médicis.

    Les Pazzi

    Les Médicis, maîtres de Florence saison 2, critique, série, blog cultureMédaille illustrant la Conjuration des Pazzi, Bertholdo di Giovanni, 1478. Source: I, Sailko pour Wikipedia

    Issus d’une très ancienne famille florentine, dont l’un des ancêtres, Pazzino de Pazzi, a été le premier chevalier a entré dans Jérusalem en 1099, les Pazzi sont les rivaux des Médicis. Bien que l’un des fils de Francesco Pazzi, Guglielmo, soit marié à la sœur de Laurent et Julien, Bianca, les rivalités sont toujours présentes au sein des deux familles.

    En 1478, un complot est élaboré pour éliminer les Médicis et permettre aux Pazzi de prendre la tête de Florence. Avec l’appui du Pape, Sixte IV, la famille Pazzi planifie l’attentat le 25 avril 1478, lors d’un banquet.Mais Julien, blessé à la chasse, ne se rend pas au dîner. Les comploteurs décident donc de remettre l’attentat au lendemain, jour de la Pâques. Alors que le prête lève l’hostie devant une assemblée agenouillée, Francesco de Pazzi et ses complices attaquent Julien et Laurent. Le premier succombera à 19 coups de couteau, le second, blessé à la gorge est transporté par ses gardes dans la sacristie, avant de réussir à s’enfouir escorté par ses hommes de confiance, dont un y laissera la vie.

    Les conspirateurs se regroupent alors sur la place de la Seigneurie, pensant célébrer leur victoire avec le peuple florentin. Mais le « Libertà » entonné ne rencontre pas le succès populaire attendu, et les florentins se rouent sur les traitres. Jacob de Pazzi réussit à s’échapper et rejoint les troupes papales installées à l’extérieur de la ville. Le complot a échoué et les renforts armés refusent d’intervenir.

    Tous les complices sont arrêtés et condamnés, à l’exil, à la damnation ou à la mort en place publique. Une guerre éclatera à la suite de cet assassinat manqué.

    Sixte IV (Pape de 1471 à 1484)

    Les Médicis, maîtres de Florence saison 2, critique, série, blog culturePortrait de Sixte IV par le Titien

    Ennemi des Médicis, le Pape Sixte IV marquera son époque. Favorable à l’art de la Renaissance, il réalise de nombreuses commandes à des artistes tels que Botticelli ou Michel-Ange. Il fait édifier la Chapelle Sixtine (à laquelle il donne son nom) et fonde les musées du Capitole.

    Il a l’idée de taxer les prostituées et les prêtres vivant en couple, instaure le commerce des indulgences, permettant ainsi de racheter ses pêchés et de réduire son passage au purgatoire. Il autorise la sodomie durant les mois d’été, et donne son approbation à l’Espagne qui souhaite établir l’Inquisition.

    Il envisage plusieurs guerres, incite les familles rivales à s’affronter avant d’encourager leur alliance en 1480, suite au sac d’Otrante par les troupes de l’Empire Ottoman.

    La série

    Les Médicis, maîtres de Florence saison 2, critique, série, blog cultureCasting de cette seconde saison

    Ce qui fonctionne

    La base historique est bien présente pour cette saison. La série est convaincante, bien menée et très attractive. Les personnages sont beaux, les costumes somptueux et mêmes si les vues de la ville laissent parfois à désirer, l’ensemble reste appréciable.

    Ce qui ne marche pas

    Dès les dix premières, la série offre aux spectateurs une scène d’attaque et une scène de sexe. Le décor est planté, avec un objectif : offrir au public du spectacle.

    L’Histoire est une nouvelle fois arrangée. L’engouement pour l’art de Laurent est absent, et en dehors de la présence récurrente de Botticelli, de nombreux artistes manquent, comme Léonard de Vinci ou Michel-Ange. La référence à certains tableaux est présente, mais elle arrive un peu comme un cheveu sur la soupe.

    On notera également que le mariage est religieux, et non civil, et ne peut donc pas avoir lieu au Palazzo Vecchio à cette époque.

    On regrettera également la réécriture de l’attentat des Pazzi. Alors que les faits sont déjà très rocambolesques, pourquoi choisir de dramatiser encore plus les évènements, au risque de perdre toute crédibilité?

    Enfin, les péripéties de nos protagonistes s’enchaînent un peu (trop) rapidement, et on peine à voir les 10 ans qui s’écoulent entre la mort de Pierre le Goutteux et l’assassinat de Julien de Médicis.

    L’époque est très riche, et il y avait matière à dire sans en rajouter autant.

    On mate quand même, parce que la série reste plaisante.

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