​Ces monuments que l’Histoire n’a pas épargnés et qui sont toujours là
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  • La tragédie qui s’est jouée à la Cathédrale Notre-Dame de Paris a mis en avant la valeur et l’attachement du Patrimoine historique pour l’Humanité. Alors que les dégâts de ce symbole de la France sont encore mal évalués, l’urgence de la reconstruction est sur toutes les lèvres. Oui, mais reconstruire, ce n’est pas effacé le drame survenu ce 16 avril 2019.

    Une chose est sûre, le lieu ne sera plus jamais le même, il a perdu son authenticité, comme de nombreuses autres constructions. Pourtant, perdre ce caractère lié à l’Histoire n’est pas une fin en soi, et certains bâtiments, reconstruits suite à des destructions, sont la preuve que les lieux gardent tout leur intérêt bien après la perte. Une sorte de rupture dans leur histoire, qui rappelle également que rien n’est éternel. 

    Voici quelques exemples d’édifices qui continuent de vivre grâce à l’intervention de l’Homme.

    Les destructions liées à la guerre

    C’est la première cause à laquelle nous pensons lorsque nous parlons de destructions. Depuis la première guerre mondiale, les armes de guerre ont fait de nombreux dégâts dans le cœur des villes. Car les bombes, lâchées des avions, ont l’avantage de tomber presque toujours où l’ennemi le souhaite.

    La cathédrale de Reims bombardée

    En 1914, dès les premiers jours des hostilités, un obus allemand tombe sur la cathédrale de Reims. Les dégâts sont importants, mais son martyr ne s’arrêtera pas là. Au total, elle sera bombardée 288 fois durant le conflit. Une des bombes fera prendre feu à un échafaudage et fera éclater les pierres, les statues et les vitraux. A la sortie de la guerre, la cathédrale de Reims est détruite à 85%. 5 ans plus tard, grâce à de nombreux dons français et étrangers, notamment de la famille Rockefeller, les travaux de restauration sont lancés. Pour reconstruire la cathédrale, les architectes se basent sur les nombreuses photographies de l’édifice, faites après la restauration de Viollet-le-Duc. La charpente, en bois, est remplacée par une structure en béton armé, plus légère, mais surtout ininflammable. De nouveaux vitraux, réalisés par Marc Chagall, sont venus remplacer ces décors peints perdus. La restauration est toujours en cours, mais la cathédrale a retrouvé son aspect général du XIXe siècle. 

    Le centre de Rouen à la sortie de la Guerre

    A Rouen, les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale ont également touché la cathédrale a plusieurs reprises. Torpillée, incendiée, elle doit une partie de son sauvetage à une entreprise qui renforce et stabilise la structure durant les hostilités. A la fin de la guerre, les vitraux ont disparu, les cloches se sont effondrées et un pilier de la nef est désaxé. Une nouvelle fois, une restauration est lancée par l’Etat français, d’après les photographies du XIXe siècle, qui elles aussi intégraient les modifications faites au siècle passé (le mur d’enceinte et du parvis ont été démoli pour valoriser la cathédrale).

    Destructions liées à des idéologies

    Mossoul, Palmyre… Durant une dizaine d’année, les troupes de Daesh ont enchaîné les destructions de sites pré-islamiques au nom du paganisme, interdit dans la religion islamique.

    Pourtant, avant eux, d’autres édifices ont subi des idéologies extrémistes.

    Plaque oecuménique de la cathédrale d’Orléans

    En 1568, en pleine guerre de religions, les protestants prennent le contrôle de la ville d’Orléans. Le Prince de Condé, à la tête des troupes huguenotes, souhaite négocier avec les catholiques. Opposés à cette idée, ses hommes pénètrent dans la cathédrale et cassent les 4 piliers de la croisée du transept. L’édifice s’effondre alors sur lui-même. Seuls les chapelles, la croisée d’ogives, les tours romanes et des murs extérieurs restent debout. En 1601, la restauration de la cathédrale est lancée, d’après un dessin gothique. Pour coller avec le style gothique, la façade romane, qui a survécu, est rasée et remplacé. Louis XIV y fera même ajouter des éléments classiques, encore visibles aujourd’hui.

    La cathédrale Saint-Sauveur de Moscou

    Moscou, 1931. Staline, au pouvoir, a décidé d’interdire la pratique religieuse, qui éloigne de l’unité du peuple soviétique. Puisque la religion est bannie, les églises doivent être détruites. La cathédrale Saint-Sauveur est rasée et il est prévu de construire à cet emplacement un Palais des Soviets. Le projet ne verra jamais le jour, mais une piscine sera installée à la place. En 1995, le gouvernement valide la demande de l’église orthodoxe de reconstruire le lieu de culte. Pour cette reconstruction, les architectes se basent sur des dessins des églises du Kremlin et de l’Ascension de Kolomenskoie, qui respectent l’architecture traditionnelle russe. Achevée en l’an 2000, la cathédrale a su innover à travers ses hauts reliefs, qui n’ont pas été réalisés en marbre comme les originaux mais en bronze.

    Destructions liées au temps

    Même si l’Homme s’est inquiété très tôt de la sauvegarde de la mémoire de son peuple ou de son pays, parfois, le temps a joué contre le Patrimoine.

    Le site de Stonehenge

    En Angleterre, les siècles ont eu raison du site de Stonehenge. Utilisé au cours du Néolithique et jusqu’à l’âge de Bronze, le lieu, sans doute un sanctuaire, est soudainement tombé en désuétude. Abandonné, il faudra attendre le XVIIe siècle pour que les savants s’intéressent au site, dont la construction est attribuée à l’Homme (et non plus au diable). Des croquis sont alors réalisés, et en 1621, un architecte du roi Charles Ier propose une restitution du bâtiment initial. En 1740, un scientifique évoque l’utilisation du lieu par des druides. Un lien avec l’astronomie est envisagé. On mesure, on calcule et on redessine alors au compas le lieu pour le remonter à « l’identique ». Aujourd’hui, de nombreux spécialistes jugent la reconstruction erronée, voire fantaisiste, mais le site ayant été bétonné, il est difficile d’entreprendre un retour à l’état précédent.

    Le Jardin des Vestiges de Marseille

    A Marseille, lors de travaux près du Vieux-Port, les ouvriers tombent sur un important site comportant des vestiges grecs et romains, qui avaient été abandonnés et sur lesquelles le tissu urbain s’est progressivement bâti durant les siècles suivants. Les archéologues interviennent et fouillent les lieux, puis la décision est prise de reboucher le site et de construire le centre commercial prévu à cet endroit. Seulement, la population refuse cette décision et proteste pour faire inscrire le site au titre des Monuments Historiques. L’Etat choisit la voie de la médiation : sur les 30 000m2, 10 000 seront préservés. Un jardin des Vestiges est aménagé autour du Centre Bourse pour mettre en valeur les vestiges antiques, et une partie des objets découverts sont exposés au Musée d’Histoire de Marseille.

    Destructions liées aux éléments naturels

    C’est sans doute la destruction la moins acceptable pour une partie de la population, car il n’y a pas toujours de coupable direct. Lorsque Mère-Nature se met en colère, elle ravage indifféremment la petite église de quartier ou la cathédrale millénaire. Heureusement, le Patrimoine peut compter sur « les héros » de l’Histoire.

    Mario Trematore, jeune pompier, sauve le Saint-Suaire

    En 1997, à Turin, une des chapelles de la Cathédrale Saint Jean-Baptiste, qui abrite le Saint-Suaire, prend feu. Le précieux tissu, conservé dans un coffrage de verre de 8m d’épaisseur est en danger. Un jeune pompier décide alors de risquer sa vie pour sauver l’objet saint. A la main (mais aussi avec une hachette), il explose le vitrage et sort l’objet de son coffre-fort. Il est intact. Depuis le drame, la cathédrale est toujours en cours de reconstruction, et le Saint-Suaire n’est plus visible au public.

    Versailles après le passage de la tempête de 1999

    Vous souvenez-vous de la tempête qui frappa la France en décembre 1999, juste avant le changement de millénaire ? La violence des vents arracha à Versailles 10 000 arbres sur les 200 000 du jardin. Des témoins de l’époque évoquent une catastrophe et un jardin aux allures apocalyptiques. Des arbres, mais aussi des massifs floraux, plantés à l’époque de Louis XIV, ont disparus en une nuit. Une souscription internationale est lancée pour redonner aux jardins de Versailes leur aspect légendaire. Elle permet de recueillir 2 millions d’euros qui viennent s’ajouter aux 19 millions débloqués par l’Etat. 50 000 arbres sont ainsi remplacés. 10 ans après la catastrophe, le jardinier de Versailles n’hésitera pas à dire que cette tempête a été une bénédiction, car le jardin était sur le déclin à cause d’arbres vieillissants que personne n’osait toucher à cause de leur caractère historique.

    Destructions liées à la restauration

    Cassés accidentellement ou restaurés selon ses goûts personnels, certains biens nous sont parvenus en perdant leur authenticité à cause des hommes.

    En France, celui qui aura le plus laissé sa trace dans les bâtiments qu’il a restauré selon son goût et non selon la véracité historique, c’est Viollet-le-Duc. Qu’on l’idolâtre ou qu’on le critique, une chose est sûre, c’est qu’il a profondément marqué la discipline.

    L'intérieur de la basilique de Vézelay

    Viollet-le-Duc a effectué de très (très) nombreuses restaurations. Son nom revient constamment dans l’actualité. Des bâtiments qu’il a modifiés, aux risques de proposer « un état complet qui peut n’avoir jamais existé », il y en a à la pelle. On peut situer comme exemple la basilique de Vézelay, qui a connu plusieurs modifications architecturales entre le XIIe et le XIVe siècle. Initialement de style roman, la basilique a été complétée aux fils des siècles par des ajouts d’éléments gothiques. Une abomination pour Viollet-le-Duc, qui décide en 1840 de restaurer le lieu dans son style roman "idéal". 3 des 4 voûtes d’ogives sont détruites. Par chance, le cœur est laissé intacte. Depuis, la basilique « de style roman » est classée Patrimoine de l’Unesco.

    Le masque recollé de Toutankhamon

    Détruire en voulant restaurer, ce n’est pas une affaire du passé ! L’un des exemples les plus récents, et les plus marquants, c’est la polémique autour du masque funéraire de Toutankhamon, dont nous ne développerons pas la préciosité. Si vous l’avez désespérément cherché dans l’exposition à la Villette, vous ne saviez sans doute pas que l’objet ne peut plus quitter les frontières égyptiennes. En 2014, lors de circonstances qui sont restées floues, mais à priori au cours d’une opération de nettoyage du masque, un des employés cogne involontairement le masque contre la paroi de sa vitrine. La barbe est cassée et tombe devant des visiteurs scandalisés. Pendant 3 300 ans, le masque a survécu aux épreuves du temps, et même aux pillages suite aux révoltes de 2011 et un geste maladroit a fait basculer l’objet de trésor intact à vestiges nécessitant une restauration. Après réflexion, l’équipe choisit de recoller avec une résine grossière la barbe. Cette réparation très visible rappelle à l’Humanité qu’aucun trésor n’est éternel.

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