Petites pistes pour un programme culturel
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  • Emmanuel Macron a été élu le 7 mai Président de la République Française. Depuis, on n’entend parler que des enjeux et des difficultés qui attendent le jeune président pour rassembler les français. Alors à DéMUSEElé, on a décidé de donner quelques pistes au nouveau chef de l’Etat pour réussir sa politique culturelle, dont le projet a fait un peu défaut au cours de la campagne. Après le quinquennat de François Hollande, qui s’est beaucoup engagé pour la protection du patrimoine menacé par les conflits, Emmanuel Macron va devoir trouver un combat symbolique pour marquer les esprits et atténuer les césures sociales.


    • La question du pass culturel

    Le projet de la création d’un pass culturel est présent dans le programme d’Emmanuel Macron. Le concept paraît tentant et idéal pour se donner bonne conscience, car il promet un accès démocratique à la culture pour tous. Oui, mais voilà, il y a un mais.

    Si Macron affirme vouloir copier la proposition du gouvernement Renzi en Italie, dont les chiffres sur la culture sont bien plus préoccupants que dans l’Hexagone, l’idée d’une enveloppe de 500€ offerte sur demande pour une année civile aux jeunes qui fêtent leur 18 ans n’est pas forcément adéquate.

    En France, comme dans une très grande partie de l’Union Européenne, Bruxelles a mis en place une politique de gratuité pour les 18/25 ans originaires de la Communauté Européenne dans un très grand nombre d’établissements culturels. Le pass risque donc d’être peu utile pour visiter les monuments et les musées nationaux.

    Certes, il n’y a pas que le patrimoine en France, et ce pass peut aussi être utile pour la musique. En Italie, l’offre dans la matière (ainsi que pour les livres et le théâtre) est limitée au catalogue présent sur la plate-forme du ministère. Une lumière sur une culture officielle, dont on imagine aisément qu’elle ne profite par vraiment aux classes les plus éloignées de la culture noble et qui dessert donc plus l’accès à la Culture qu’elle ne la sert.

    Alors que faire de ce pass culturel ? Et bien abandonner l’idée qu’il doit servir la démocratisation culturelle et l’égalité entre les classes en laissant les jeunes s’en servir comme ils veulent, à partir de toutes les plates-formes de téléchargements légaux. Ainsi, aucune catégorie ne se trouvera rabaisser dans ses choix et le pass leur permettra réellement de faire un pas vers la culture, ce qui ne sera pas peine perdue.

    Enfin, ce pass culturel pourrait être extrêmement intéressant dans les mains des étrangers qui arrivent en France. En élargissant l’accès au moins de 30 ans, le pass trouverait toute sa fonction en aidant les immigrés à découvrir la culture française, et à apprivoiser le pays dans lequel ils arrivent.


    • Erasmus spécial culture

    La question de mettre en avant un Erasmus pour les étudiants en Histoire de l’Art et Archéologie est également présente dans le programme d’Emmanuel Macron. L’idée n’est pas mauvaise non plus, mais malheureusement elle existe déjà. Pour avoir fréquenter les bancs de cette même filière universitaire, l’avantage de faire une année à l’étranger m’a été plus que rabâché…

    Que faire ici aussi ? Et bien on l’adapte, car il y a un souci évident en France, c’est l’image que renvoie l’Université. Accusée de mal préparer au monde du travail, alors que sa mission est de former à un niveau de connaissance et de réflexion, la piste pourrait être de multiplier les stages dans le monde professionnel. Une pratique difficile avant la licence 3, voire le master…

    Le problème c’est que des stagiaires, çà se paye, et en plus, ceux qui ont des contacts vont décrocher les expériences les plus intéressantes. C’est donc là que le Ministère a son rôle à jouer. En garantissant des stages similaires pour tous les étudiants, en multipliant les conventions avec les établissements et les entreprises privées sur secteur culturel pour leur permettre d’effectuer des stages en France ou à l’étranger, et en proposant aux étudiants obligés de quitter leur ville de résidence universitaire d’être nourris/logés plutôt que rémunérés (car 400€ par mois, çà ne mène pas très loin), la filière Histoire de l’Art pourrait répondre aux critiques de formation. Tout l’enjeu serait de donner une enveloppe suffisante et de convaincre l’Université sans bloquer ses spécificités.


    • Les nouveaux professionnels de la culture

    Autre enjeu pour Macron, qui se veut le président de la modernité et de la jeunesse, c’est de s’ouvrir à la question des nouveaux professionnels de la culture. L’arrivée de bloggeurs ou de youtubeurs sur le devant de la scène a rebattu les cartes de la valorisation et de l’information culturelle. Seulement, ces nouveaux métiers ne bénéficient pas de la gratuité dans les établissements culturels, ce qui limite forcément les mises en lumière de lieux patrimoniaux, le prix des entrées (sans compter le transport) chiffrant très vite à la fin du mois. La solution, c’est une carte professionnelle, au même titre que les journalistes ou le personnel des musées, pour permettre un accès rapide et gratuit à ces nouveaux spécialistes de la culture. (Merci d’avance)


    • La culture à l’école

    Depuis une bonne trentaine d’année, le système scolaire a été invité à renouer avec le monde culturel en multipliant les sorties dans les institutions. L’apparition de médiateurs culturels a également joué un rôle de démocratisation essentiel. Tout peu sembler parfait à un détail près, c’est la différence entre les établissements scolaires. Il est plus facile pour des écoles ou des collèges de quartier plutôt favorisés d’organiser ce type de sorties, car les jeunes sont déjà sensibilisés et que les fonds financiers suivent. De plus, la proximité avec un musée facilite les contacts, contrairement à des classes plus populaires ou des établissements situés en campagne, pour qui un déplacement en musée signifie prendre un moyen de transport. La solution, c’est bien sûr d’injecter un peu d’argent pour contrer ces différences économiques.


    • L’Outre-mer

    La culture a-t-elle désertée l’Outre-mer ? C’est une question légitime quand on constate que l’art « officiel » européen reste encore très largement la référence en France. Certes, les autres arts sont désormais présents dans des musées spécifiques, mais force est de constatée que les DOM-TOM ont clairement été oubliés. Il existe bien sûr quelques musées ethnographiques locaux, nés pour l’essentiel de l’investissement d’acteurs territoriaux qui souhaitaient conservés une pratique ou un élément culturel. L’Hexagone et l’Outre-mer naviguent donc dans des sens contraires. La solution ? Investir massivement dans les départements ou les territoires d’Outre-mer pour accueillir des expositions temporaires leur permettant de se sentir aussi privilégiés qu’en France hexagonale, mettre en avant la culture de ces « peuplades reculés » en métropole et surtout casser cette image de destination de vacances au soleil qui collent à l’image des DOM-TOM pour en faire également une destination culture.


    • Le problème des églises (entre autre)

    Avec la perte de fidèles, les églises deviennent de plus en plus désertes, et les financements pour leur entretien ou leur restauration sont désormais insuffisants. Alors que certaines municipalités décident de s’investir pour sauver leur lieu de culte, la majorité autorise la destruction de l’établissement sans consultation démocratique. Un choix qui est mal compris par une partie de la population, et qui entraîne des mouvements d’indignation ou de colère. Sauf que les caisses de l’Etat ne sont pas extensibles, et qu’il est impossible de sauver tous les édifices. Une des solutions est de trouver une autre fonction à ces lieux, en dehors du culte. Des salles à louer, des hôtels ou des salles de spectacle, les possibilités restent larges, et l’Etat doit montrer la voie en encourageant cette mutation plutôt que rester muet, en se tournant vers les (nombreux) acteurs de protection.


    • La publicité sur les édifices culturels

    Depuis 2/3 ans, de (très grands) panneaux publicitaires fleurissent sur les façades des établissements culturels. Monétisation de la culture, défiguration des bâtiments, les établissements se retrouvent pointé du doigt. Cependant, la baisse des dotations de l’Etat ainsi que les différences budgétaires entre les établissements obligent les institutions à devoir trouver d’autres solutions pour pouvoir continuer à mener les actions à bien. Les établissements n’ont donc pas vraiment le choix que de céder à la tentation. Pour se faire l’avocat du diable, on peut souligner que l’esthétisme des publicités n’est pas éloigné de celui des musées. L’Etat va donc devoir encourager la démarche si il veut offrir à la culture l’indépendance financière dont elle a besoin pour répondre aux nouvelles attentes des publics.


    • Un musée de la civilisation arabe occidentale

    La fracture française n’a pas qu’une origine, l’immigration semble en être une des causes. En 2002, après le second tour face à Jean-Marie Lepen, Jacques Chirac a lancé la construction de la Cité de l’Immigration pour casser les idées reçues. Boudée par Nicolas Sarkozy, elle sera finalement inaugurée par François Hollande en 2014. Un lieu qui rempli sa mission et remet à l’honneur des populations éternellement dévalorisées dans l’Histoire française. L’établissement est sans doute trop jeune pour que son rôle soit évalué, mais surtout, il n’a pas réussi à revaloriser la population d’origine Magrébine, qui a toujours le sentiment d’être les grands méchants de l’Histoire, et qui reste perçue comme un envahisseur par une partie de la Nation. Avec l’arrivée des migrants en partie musulmans, la crainte et la peur se sont une nouvelle fois accentuées.

    Comment faire accepter une population, quand de plus, pour l’ensemble des Français, l’année 732 reste associée à Charles Martel et à la bataille de Poitiers ? En plus de devoir s’attaquer à la relecture de l’histoire (cf. Notre test de l’exposition du MuséoParc d’Alésia), une solution un peu plus évidente nous vient en tête : créer un musée de la Civilisation Arabe en Occident.

    L’art islamique ou arabe est largement mis en valeur dans l’Hexagone, à travers des établissements de notoriété internationale, comme le Louvre ou l’Institut du Monde Arabe. Mais les œuvres remarquables présentées restent celles d’un autre pays ou d’une autre culture, et le rapport avec la France est presque systématiquement oublié. Pourtant, la France et l’Occident ont entretenu des liens particuliers avec le monde arabe, et les premières migrations et installations remontent à l’époque romaine. Il existe de nombreux vestiges de la présence des « arabes » sur notre continent, et suffisamment de documentations pour créer un musée en leur honneur, au même titre que celui de l’Histoire du Judaïsme. Et c’est sans doute l’un des projets les plus intéressants que devrait explorer Emmanuel Macron pour rassembler les français voire les européens.

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